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La justice tente de décortiquer les mécanismes financiers d'une affaire tentaculaire.
L'opération « mains propres » déclenchée mardi dans l'est des Alpes-Maritimes semble loin d'être terminée. Après l'incarcération jeudi de Gérard Spinelli, le maire de Beausoleil, et de Lino Alberti, figure incontournable du BTP azuréen, et sans même attendre l'éventuelle levée de l'immunitaire parlementaire du sénateur René Vestri, les investigations se poursuivent.
Paradis fiscaux
Dans le plus grand secret, la justice semble désormais s'intéresser aux liens financiers qui unissent les différents protagonistes de ce vaste dossier où se mêlent soupçons de corruption, de blanchiment et trafic d'influence.
C'est ainsi qu'un homme d'affaires monégasque de 54 ans a également été mis en examen par le juge Duchaine. Silvio Perlino, spécialisé dans le montage de sociétés offshore, est poursuivi pour « association de malfaiteurs en vue de commettre le délit de corruption » et « blanchiment en bande organisée ».
Laissé libre sous contrôle judiciaire, ce résident monégasque pourrait bien être le pivot financier de l'affaire. Au cours de leurs investigations, les enquêteurs de la PJ de Nice et du GIR ont en effet découvert l'existence d'une multitude de comptes bancaires ouverts dans des paradis fiscaux, principalement au Liechtenstein, au Luxembourg et en Suisse. Dans quel but ont-ils été créés ? Pour y recevoir les rétro-commissions que les élus percevaient en « contrepartie » d'attribution de marchés publics ? À charge pour la justice de le démontrer.
On sait que Gérard Spinelli est d'ores et déjà suspecté d'avoir perçu une commission occulte de 65 000 euros afin qu'il « modère » son opposition au projet Odéon qui prévoit l'édification en principauté de tours jumelles hautes de 170 mètres, pour un montant de 360 millions d'euros dont 42 millions pour le seul terrassement du terrain. Ces « twin-towers » monégasques doivent être érigées par le groupe Vinci à quelques dizaines de mètres seulement de la frontière française et donc de Beausoleil.
Le double jeu de Spinelli
Officiellement, logique électorale oblige, le maire de cette commune, Gérard Spinelli, ne pouvait que relayer les réticences de ses administrés à l'égard du projet Odéon. Officieusement, il aurait donc joué un double jeu qui, si l'on en croit les charges qui pèsent contre lui, en valait la chandelle. Tout au moins jusqu'à ce que les soupçons des enquêteurs ne le rattrapent. Tout comme ils ciblent manifestement le sénateur René Vestri, à défaut de pouvoir l'incriminer directement. Tout au moins tant qu'il est protégé par son immunité parlementaire. Le juge Duchaine en a d'ailleurs demandé la levée. In fine c'est le Sénat qui doit trancher, sans doute en début de semaine prochaine.
Des coffres pleins à craquer
En attendant, les enquêteurs ne sont pas restés inactifs. Outre la multitude de comptes offshore qu'ils ont découvert, ils ont également saisi d'importantes sommes en liquide. Dans la somptueuse propriété Grundig, où ils étaient venus interpeller mardi au petit matin Lino Alberti et sa compagne, les policiers sont semble-t-il retournés mercredi. Info ou intox, la petite histoire raconte qu'ils étaient passés à côté de l'un des coffres.
Ils seraient donc revenus en vider le contenu. Et la chasse au trésor s'est avérée fructueuse puisque ce sont 400 000 euros en liquide qui, au total, ont été découverts au domicile de Lino Alberti et Chantal Grundig. Mais cette dernière n'est-elle pas l'une des plus grosses fortunes d'Europe ? Alors fruit du délit de corruption ou simple argent de poche ? Nul doute que, tout riche qu'il soit, le couple aura à justifier de l'origine d'une telle somme en espèces.
Idem d'ailleurs pour René Vestri, le sénateur maire de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Lui aussi avait manifestement un joli bas de laine. Car, à défaut de pouvoir encore l'entendre, les enquêteurs sont allés rendre visite à son banquier. Et ils en ont profité pour se faire ouvrir le coffre de René Vestri. La perquisition a là encore permis de mettre la main sur une coquette somme. Le maire de la presqu'île des milliardaires détenait la bagatelle d'un demi-million d'euros en espèces !
Les vérifications sont manifestement loin d'être terminées.
Enquête Réalisée Par Guillaume Bertolino, Didier Chalumeau, Eric Galliano et Jean-François Roubaud
http://www.nicematin.com/ra/18/224498