Le blog le Petit Mentonnais aborde les thèmes de la vie à Menton (Mentan). Des textes en mentounasc, l'Histoire et la culture mentonnaise. Les agrumes et citrons (liman) de Menton. Nos traditions et notre gastronomie.
Défenseur du mentounasc le professeur Casério qui enseigne notre langue est aussi l'auteur de nombreux ouvrages d'érudition locale et président de la Société d'Art et d'Histoire du Mentounac (SAHM) sur laquelle nous avons déjà fait quelques articles.
Pour ceux qui ne sont pas encore abonnés le Petit Mentonnais recommande la publication trimestrielle de la SAHM "Ou Païs mentounasc"
Chaque samedi le journal local Nice-Matin publie un texte en mentounasc traduit en français.
Samedi 29 Mai Nice-Matin faisait donc un article sur cet illustre mentounasc, promoteur de notre culture et notre langue.
Jean-Louis Casério le « Menton né »
Publié le samedi 29 mai 2010
http://www.nicematin.com/article/menton/jean-louis-caserio-le-«-menton-ne-»
Jean-Louis Casério, un monument de la cité des citrons et du "mentounasc".
Jean-Louis Casério n'est pas né à Menton. Mais il est ce que l'on peut appeler un « Menton né ».
S'il a vu le jour à Nice, il est arrivé seulement quelques mois après sa naissance dans la cité des citrons.
Et il s'est toujours senti « mentounasc pur et dur ».
« J'y suis né à cause des problèmes dûs à la guerre. Mais mon quartier est, et restera, la vallée du Careï. »
Sa famille quitte le Piémont : son père, Henri, qui travaillait pour les Rapides Côte d'Azur, et son grand-père, Jean, camionneur de profession, « anticipent le mouvement migratoire ».
Une mutation qui a, parfois, des étranges répercussions : « Un jour, en Espagne, j'ai découvert que la Vache qui rit locale s'appelait El Casério. Mon nom doit venir de là. Un de mes ancêtres devait faire du fromage avec de la caséine ».
Les Casério définitivement installés à Menton, Jean-Louis s'installe sur les bancs de l'école des Moulins. « Que de souvenirs. Nous avons d'ailleurs inauguré récemment une plaque en la mémoire d'Henri Bianchéri, qui fut instituteur puis directeur. »
Brillant élève, le petit "mentounasc" joue avec ses camarades dans le torrent. « Nous construisions des barrages, des roues de moulin. Nous faisions également des courses de mini-bateaux. Ça coûtait peu cher... »
Et au milieu de la vallée, coule une rivière tranquille... Celle qui permet d'humidifier le chiffon de la "strassa bagnaia", « le ballon prisonnier du pauvre ».
La voix légèrement nouée par l'émotion de ce livre du passé rouvert pour l'occasion, Jean-Louis Casério se souvient aussi de la poissonnière qui vendait sa marchandise en criant « "Aie que belle..." d'un bout à l'autre du lavoir en s'y plongeant à mi-cuisses. Autant pour se rafraîchir que pour y faire sa toilette ! »
Un temps béni. Une jeunesse dorée. Bercée par ce patois mentonnais, usité par ses grands-parents. Mais, hélas, rejeté par le corps professoral : « La génération qui nous précédait luttait contre le dialecte. Il était obligatoire de parler français. C'était une bonne chose d'apprendre notre langue. Mais pas en massacrant le mentonnais ».
La haine du mentounasc est à un point tel que les maîtres de l'époque débordent d'ingéniosité pour inventer de nouvelles brimades : « Ils avaient ce que l'on appelait "le signe". Une bobine de fil vide sur laquelle était inscrit " Bon pour 100 lignes " ! Elle était attribuée au premier qui parlait mentonnais. Qui le redonnait au deuxième et ainsi de suite. Le but était de ne pas être le dernier à la posséder pour ne pas subir la punition ».
Victime de cette répression, Louise Viale, dite « Louisette », sa grand-mère, ne parle le "dialecte" qu'avec sa mère ou ses tantes. Jamais avec ses petits-enfants.
Mais la repression n'empêche pas le sillon de se creuser. Jean-Louis Casério récolte alors les fruits de ce patois dont il est amoureux et que Louisette a semés dans son esprit : « J'avais enregistré le lexique sans l'avoir pratiqué ».
L'esprit "mentounasc" fortement aiguisé, il crée avec son cousin Louis Caperan, au milieu des années 70, la Société des arts et d'histoire mentonnais. « Il y avait urgence ! Recueillir le lexique mentonnais indispensable car si la langue n'était pas utilisée, elle risquait de disparaître rapidement. »
Un travail de fourmi commence. Jean-Louis et son entourage collectent des mots, des expressions, un vocabulaire spécifique dans des domaines variés (cuisine, botanique...).
En 2000, un lexique français - mentonnais est enfin publié. Jean-Louis Casério s'appuie sur ce manuel pour enseigner le "mentounasc" ainsi que sur « Le mentonnais à l'école ». Cette année, un ouvrage de grammaire écrit par Jean Ansaldi est aussi sur les rayons des libraires.
Sans oublier, bien sûr, Ou Païs mentounasc, qui paraît tous les trois mois, et qui fait la fierté de Jean-Louis : « Nous avons dépassé le millier d'abonnés ! Le prochain numéro, le 134, sera spécial et consacré à Castellar... Nous fidélisons les gens attachés à l'identité mentonnaise ».
Et une immense satisfaction derrière ces chiffres : « Les dialectes sont de moins en moins pratiqués. Mais ils n'ont jamais été autant écrits. Parce que les gens ont la possibilité de publier leurs proverbes, chansons, poésies, souvenirs, expressions. C'est une petite tribune qui leur est offerte, et ils n'hésitent pas... Avant, le mentonnais était une langue de communication. Aujourd'hui, c'est une langue de culture ! » Pourtant, si le présent est souriant, le futur l'est beaucoup moins. Peur du vide. D'une relève absente... « Nous ne sommes que des retraités. Lorsqu'on se retourne, il y a peu de jeunes. Il suffirait d'une ou deux personnes pour reprendre les choses en mains et repartir... »
jfmalatesta@nicematin.fr
J.-f. Malatesta