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Le blog le Petit Mentonnais aborde les thèmes de la vie à Menton (Mentan). Des textes en mentounasc, l'Histoire et la culture mentonnaise. Les agrumes et citrons (liman) de Menton. Nos traditions et notre gastronomie.
Pourtant située loin des champs de bataille, la ville de Menton a vécu le premier conflit mondial comme un vrai traumatisme, dont elle se remettra que bien plus tard. Dès 1914, la réquisition de tous les jeunes Mentonnais envoyés sur le front Est - même les élus de la cité sont concernés - ainsi que celle des animaux nécessaires aux travaux des champs (chevaux et ânes) va profondément bouleverser la vie quotidienne de la population. Privée de main d'oeuvre et démunie de tout moyen de transport, elle ne peut plus cultiver la terre dans les campagnes situées sur les hauteurs de la ville. Dès 1915, les difficultés d'approvisionnement en denrées fraîches vont provoquer une période de pénurie particulièrement éprouvante pour le moral des Mentonnais. D'autant que la ville se trouve aussi confrontée à la menace toute proche de l'Italie qui entrera en guerre en 1915...
Les grands hôtels transformés en hôpitaux militaires
Lieu de villégiature internationale, la cité du citron va perdre de surcroît ce qui faisait sa renommée mondiale... Menton, la belle ensoleillée, fleuron de l'hôtellerie azuréenne, assiste, impuissante, à la mise sous séquestre de ses plus beaux bâtiments touristiques, qui accueillaient jusqu'à la veille de la guerre, les riches estivants de l'aristocratie européenne : l'Impérial, le Louvre, le Majestic, Les Ambassadeurs, le Malte, le Parc, Prince de Galles, l'Alexandra, l'Astoria, le Victoria... Au total, soixante-trois hôtels et pensions, passés entre les mains des Allemands, vont être transformés en hôpitaux militaires pour soigner les blessés anglais, belges, indochinois, serbes... Parmi eux aussi, la plus grande partie des troupes de l'empire colonial français basées à Fréjus (dont les Tirailleurs malgaches et sénégalais). La ville varoise a estimé que Menton pouvait recueillir ces soldats inaptes au combat en hiver. La cité du citron, mais aussi Roquebrune, deviennent alors le plus grand camp d'hivernage pour ces militaires de l'armée française, de 1915 à 1920.
De quoi perturber les autochtones qui ont assisté à l'arrivée sur leur terre de quelque 30 000 soldats indigènes entre 1915 et 1920.
«Les hommes au visage noir» comme on les appelait, amenés de nuit par les trains sanitaires et blessés, étaient soignés dans les hôtels de l'avenue de la Madone, après avoir été accueillis au départ au Louvre. Les convalescents étaient immergés dans la vie locale, tandis que les plus malades, dont beaucoup souffraient de la tuberculose, sont morts et enterrés au Trabuquet. Jean-Claude Volpi, historien mentonnais, estime qu'ils sont 1 100 Sénégalais et Malgaches à reposer au cimetière de la vieille ville. Au total, 1 383 militaires blessés sont morts à Menton.
« Le devoir de mémoire, pas la repentance »
Une page de cinq années de la grande guerre est peu à peu réhabilitée grâce à un important travail de recherche menée depuis deux ans par l'A.M.T.S (association pour la mémoire des tirailleurs sénégalais). Son président, Gaspard M'Baye, lui-même fils de tirailleur, poursuit intensément ses recherches et espère voir ériger un mémorial au Trabuquet pour rendre hommage à ces soldats morts loin de chez eux(1). Jean-Claude Volpi, qui participe à la «mise au jour» de ce pan de l'histoire militaire mentonnaise, précise que cette démarche de réhabilitation est surtout motivée par le devoir de mémoire et non par la repentance. Il prépare d'ailleurs un livre sur ce sujet.
(1)L'A.M.T.S. a ouvert une souscription sur son site internet : «Un euro pour un mémorial». A découvrir sur amts@amtstirailleur.org