"A u santi u ausselle giran o cu a u augelante. A san Martin, tapa ra bote e saia o
vin."
(A la Toussaint les oiseaux tournent la queue aux oiseleurs. A la Saint Martin
bouchez le tonneau et goutez le vin".)
Menton
Ces noms célèbres qui dorment pour l'éternité
Paru aujourd'hui, samedi 31 octobre 2009 dans Nice-Matin.
Toussaint . Trabuquet et ancien château de Menton : les deux cimetières qui dominent la ville accueillent des personnalités. Prince russe, cinéaste, écrivain..Le rapport entre le prince
russe Troubetzkoy, Webb Ellis, l'inventeur du rugby moderne, le cinéaste René Clément et l'auteur de romans policiers Steeman ? La célébrité, certes. Mais pas seulement. Tous ont vécu à Menton
et dorment, pour toujours, au cimetière du Vieux-Château ou sur la colline du Trabuquet. Des lieux dédiés à la mort mais d'une beauté éternelle. À couper le souffle (sans mauvais jeu de mots).
Croix, mausolées, chapelles, stèles, pleureuses de pierre, anges toutes ailes déployées, comme prêts à s'envoler, semblent blottis au flanc de la montagne. Ici, à 78 m d'altitude, tout domine
la ville des vivants et la grande bleue. Immuable. Ici, le tourbillon de la vie n'est qu'un murmure. Lors d'un séjour à Menton en 1845, Gustave Flaubert ne restait pas de marbre et s'exclamait
: « Quel admirable cimetière, en vue de cette mer éternellement jeune ! ». Suprême hommage de la part du grand homme.
Dans l'ancienne nécropole peuplée de quelque 1 300 concessions, dorment, côte à côte, noms de grandes familles de Menton, représentants éteints des riches étrangers d'antan et patronymes
célèbres.
Les hommes du savoir dominent. Dont, en majorité, les sujets de sa très Gracieuse Majesté.
Ainsi, le botaniste britannique John Moggridge fut le premier scientifique à explorer la vallée des Merveilles. Un bel exploit puisqu'à l'époque, en 1868, cela relevait quasiment de
l'expédition en terra incognita.
Un botaniste, deux historiens...
Les Mentonnais, fiers de leur « mentounasc » doivent beaucoup à cet autre représentant de « la Perfide Albion ». En 1878, l'imprimerie niçoise « Association ouvrière, Vérani et compagnie » sort
un « Essai de grammaire de dialecte mentonnais » signé James Bruyn Adrews. Une Bible, aujourd'hui encore pour les passionnés du patrimoine mentonnais qui peuvent rendent se recueillir sur la
tombe de James.
Son compatriote l'historien John Richard Green, lui, dort depuis 1883 à Menton. Il fut célèbre notamment pour sa « Brève histoire du peuple anglais ». Souffrant d'une maladie pulmonaire, il
vint se soigner dans la station climatique, comme beaucoup. Son épouse, Alice Stopford, fut elle aussi historienne. Mais dans le style militant, 100 % nationaliste irlandaise... La bouillante
Alice est enterrée, elle, dans sa terre, à Dublin.
L'Allemand Alfred Woltmann avait beaucoup de points communs avec Green : historien et faible des poumons. Il s'est éteint en 1880, laissant derrière lui deux ouvrages réputés : « Hobein et son
temps » et une « Histoire architecturale de Berlin ». Les deux hommes se connaissaient-ils, ont-ils devisé sur le passé de la vieille Europe ? Mystère.
Lors de la Coupe mondiale de rugby, qui s'est jouée en France, on a beaucoup parlé de lui. William Webb Ellis, disparu en 1872, serait « l'inventeur » du rugby moderne. Sa tombe mentonnaise a
été découverte, récemment, en 1958. Depuis, des cortèges de fans de l'Ovalie lui rendent visites. Accueillis à l'entrée du cimetière par une statue de rugbyman en pleine action...
Hans Georg Tersling. Menton lui doit beaucoup. Une expo, par le biais d'une de ses créations, le Palais de l'Europe, centenaire, lui rend actuellement hommage.
La dernière demeure de l'architecte
L'architecte danois, promoteur d'une bonne partie du quartier autour du Palais, son oeuvre, repose donc au-dessus de la cité. Deux confrères, moins emblématiques mais qui eux aussi ont « modelé
» Menton, lui tiennent compagnie : Abel Glena et Alfred Marsang.
Leur tombeau est une chapelle. Vaste et coiffée d'une coupole qui scintille au soleil. Une dernière demeure à la mesure des princes de la défunte maison impériale de Russie, pas moins de six,
qui y reposent. Dont le Prince Pierre Troubetzkoy. Lui et tous ses compagnons peuvent méditer sur ces quelques lignes de Maupassant (1) :
« De ce cimetière, la vue s'étend à gauche, sur l'Italie jusqu'à la pointe où Bordighera allonge dans la mer ses maisons blanches, à droite jusqu'au Cap Martin qui trempe dans l'eau ses
flancs feuillus ».
mcabalain@nicematin.fr
(1) Sur L'eau.